Formation libre · physique de l'affichage et de la mesure

Du pixel à la seconde

Deux objets vous entourent en permanence et personne ne sait vraiment comment ils marchent : l'écran que vous regardez et l'horloge qui vous dit qu'il est l'heure. Le premier ne contient aucune couleur — il contient trois lampes par point. La seconde ne mesure rien du tout — elle compte des battements, et le nombre de battements est la définition de la seconde depuis 1967. Neuf modules, tout se règle à la main, tous les chiffres sont recalculables.

3lampes par pixel, jamais une couleur
1 239,84la constante qui donne la couleur d'une LED
32 768battements par seconde du quartz de votre montre
9 192 631 770battements du césium : c'est la seconde
+38 µs/jource que gagne une horloge GPS en orbite

Module 01 · l'image

Un pixel n'a pas de couleur

On dit « ce pixel est jaune ». C'est faux, et la nuance change tout. Un pixel est une case qui contient trois petites sources de lumière : une rouge, une verte, une bleue. Aucune d'elles n'est jaune. Le jaune n'existe que dans votre œil, quand le rouge et le vert arrivent ensemble et qu'aucun bleu ne les accompagne.

Laboratoire 01Zoomez jusqu'au sous-pixel. Réglez les trois lampes.
#FFBE28notation hexadécimale
76 %luminance perçue (Rec. 709)
16,7 Mcouleurs atteignables en 8 bits
3lampes allumées sur 3

Le nombre de couleurs n'est pas un choix esthétique, c'est une conséquence du codage. Huit bits par lampe donnent 256 niveaux, et 2563 = 16 777 216. Passez à dix bits — ce que font les dalles HDR — et vous obtenez 10243 = 1 073 741 824 combinaisons. Le gain visible n'est pas « plus de couleurs » au sens courant, c'est moins de marches dans les dégradés : un ciel qui passe du bleu au noir cesse de montrer des bandes.

Y = 0,2126·R + 0,7152·V + 0,0722·B Luminance relative, recommandation UIT-R BT.709. Le vert compte pour 71 % de la sensation de clarté, le bleu pour 7 %. C'est pourquoi un texte bleu sur fond noir paraît toujours plus sombre qu'un texte vert de même « intensité » numérique.

Cette asymétrie a une conséquence industrielle directe : les capteurs photo utilisent une matrice de Bayer avec deux photosites verts pour un rouge et un bleu. Non par goût, mais parce que l'œil humain tire l'essentiel de son acuité du canal vert.

Module 02 · la source

Une LED choisit sa couleur avec une distance

Dans un semi-conducteur, les électrons ne peuvent pas prendre n'importe quelle énergie. Il existe une bande basse (la bande de valence), une bande haute (la bande de conduction), et entre les deux un vide interdit : la bande interdite, notée Eg. Quand un électron retombe de haut en bas, il doit se débarrasser de exactement Eg d'énergie. Il l'émet sous forme d'un photon. L'énergie du photon fixe sa longueur d'onde, donc sa couleur. Rien d'autre n'intervient.

λ (nm) = 1 239,84 / Eg (eV) Conversion directe de E = hc/λ. Le nombre 1 239,84 n'est pas magique : c'est hc exprimé en électronvolts-nanomètres, avec h = 6,626 070 15 × 10⁻³⁴ J·s et c = 299 792 458 m/s — deux valeurs exactes depuis la révision du SI de 2019.
Laboratoire 02Choisissez un matériau, ou réglez la bande interdite à la main.
451 nmlongueur d'onde émise
665 THzfréquence du photon
2,75 Vtension de seuil ≈ Eg/e
55 mWpuissance électrique consommée

Pourquoi le bleu a mis trente ans de plus que le rouge

La première LED rouge visible date de 1962 (Nick Holonyak, General Electric). La LED verte suit rapidement. La LED bleue efficace n'arrive qu'en 1993, avec le nitrure de gallium de Shuji Nakamura chez Nichia — travail qui vaudra le prix Nobel de physique 2014 à Akasaki, Amano et Nakamura.

La raison est dans la formule ci-dessus. Le bleu exige Eg ≈ 2,7 eV, donc un matériau à grande bande interdite. Or plus la bande interdite est large, plus il est difficile de fabriquer un cristal sans défauts et surtout de le doper en type p — c'est-à-dire d'y créer des porteurs de charge positifs. Sans dopage p, pas de jonction, pas de recombinaison, pas de lumière. Amano et Akasaki débloquent ce point en 1989 ; Nakamura rend le procédé industriel.

Conséquence directe : sans LED bleue, pas de LED blanche. Le blanc d'un éclairage LED est presque toujours une LED bleue recouverte d'un phosphore jaune (grenat d'yttrium et d'aluminium dopé cérium, YAG:Ce) qui convertit une partie du bleu. C'est pourquoi le spectre d'une ampoule LED bon marché présente un pic bleu marqué et un creux dans le cyan : ce n'est pas de la lumière solaire, c'est une reconstruction. Et c'est aussi pourquoi certains objets rouges paraissent ternes sous LED — le spectre y est pauvre.

Module 03 · le volet

Un écran LCD ne produit aucune lumière

C'est le contresens le plus répandu sur les écrans. Une dalle à cristaux liquides n'émet rien. Elle est éclairée par-derrière en permanence, et chaque sous-pixel est un volet qui laisse passer plus ou moins de cette lumière. Quand votre écran affiche du noir, la lampe est toujours allumée derrière — le volet est simplement fermé. Mal, d'ailleurs : c'est l'origine du « noir gris » des LCD.

Le mécanisme repose sur deux idées superposées. D'abord, un polariseur ne laisse passer que la lumière dont l'oscillation est orientée dans une direction. Deux polariseurs croisés à 90° ne laissent donc rien passer. Ensuite, un cristal liquide nématique torsadé a la propriété remarquable de faire tourner l'orientation de la lumière qui le traverse — de 90° exactement, si on l'a fabriqué pour. Placé entre deux polariseurs croisés, il rétablit le passage. Appliquez une tension : les molécules s'alignent sur le champ, la torsade disparaît, la rotation cesse, et le second polariseur bloque tout.

I = I₀ · cos²(θ) Loi de Malus (Étienne-Louis Malus, 1809). θ est l'angle entre la polarisation de la lumière incidente et l'axe du polariseur. À 45°, il passe exactement la moitié. À 90°, rien.
Laboratoire 03Coupe transversale d'un sous-pixel. Réglez la tension et l'angle du second polariseur.
90°torsade restante du cristal
100 %lumière transmise
Blancétat du sous-pixel
0,0 %fuite en position « noir »

Poussez la tension au maximum, puis regardez la fuite. Elle ne tombe jamais tout à fait à zéro. Aucun polariseur réel n'est parfait, aucune molécule ne s'aligne parfaitement, et il reste toujours un peu de rétroéclairage qui traverse. Ce résidu porte un nom commercial : le taux de contraste. Une dalle IPS honnête tourne autour de 1 000:1, une dalle VA autour de 3 000:1. Un OLED, qui éteint réellement le sous-pixel, affiche un contraste dit « infini » — parce que le dénominateur vaut zéro, pas parce que le numérateur est énorme.

Module 04 · l'inventaire

Quatre façons de faire un point lumineux

Toutes les technologies d'affichage répondent à la même question — comment contrôler l'intensité de trois lampes, des millions de fois, soixante fois par seconde — et chacune paie un prix différent.

TechnologieSource de lumièreRôle du pixelNoir réelFaiblesse structurelle
LCD-TNRétroéclairage constantVolet à torsadeNonAngles de vue, couleurs qui virent
LCD-IPSRétroéclairage constantVolet à rotation dans le planNonFuite lumineuse (« IPS glow »)
LCD-VARétroéclairage constantVolet à alignement verticalPresqueTemps de réponse, traînées
OLEDLe pixel lui-mêmeÉmetteur directOuiVieillissement inégal du bleu, marquage
micro-LEDLe pixel lui-mêmeLED inorganique miniatureOuiTransfert de millions de puces, coût
E-InkLumière ambiantePigments déplacés électriquementRafraîchissement lent, pas de vidéo
Le mot « QLED » ne désigne pas une technologie d'émission. C'est un LCD dont le rétroéclairage bleu traverse une couche de boîtes quantiques qui convertissent une partie du bleu en rouge et vert très purs. Le pixel reste un volet, le noir reste imparfait. Le gain est réel — la couverture colorimétrique — mais il porte sur la source, pas sur le principe. La distinction se vérifie en une seconde : affichez une image noire dans le noir. Si le cadre luit, c'est un LCD.

Sur un E-Ink, il n'y a ni rétroéclairage ni émission : des microcapsules contiennent des pigments blancs chargés négativement et noirs chargés positivement, qu'un champ électrique fait migrer vers le haut ou vers le bas. Une fois en place, ils y restent sans consommer d'énergie. C'est la seule famille d'écrans dont l'image survit à la coupure de courant — et la seule qui se lit d'autant mieux qu'il y a de soleil.

Module 05 · compter

Une horloge ne mesure rien : elle compte

Il n'existe aucun instrument capable de mesurer le temps comme une règle mesure une longueur. Toutes les horloges, sans exception, font la même chose : elles trouvent un phénomène qui se répète de manière régulière, et elles comptent les répétitions. Un pendule, un ressort, un cristal, un atome — la seule différence est la régularité du battement.

T = 2π · √(L / g) Période d'un pendule simple aux petites oscillations. Remarquable : la masse n'y figure pas. Deux pendules de même longueur battent au même rythme, qu'ils portent une plume ou du plomb.
Laboratoire 05Le pendule bat réellement à la période calculée. Cherchez la longueur qui donne exactement 2 secondes.
2,000 spériode mesurée
30,0oscillations par minute
+0,00 %écart d'amplitude sur la période
0 s/jourdérive contre une seconde exacte

Réglez l'amplitude au-delà de 10° et regardez la ligne « écart d'amplitude ». La formule ci-dessus n'est qu'une approximation valable aux petits angles ; en réalité la période augmente légèrement avec l'amplitude, selon le développement T = T₀·(1 + θ²/16 + …). À 45°, l'erreur dépasse 4 % — soit près d'une heure par jour. C'est exactement le problème que Christiaan Huygens résout en 1656 en confinant le pendule entre deux joues cycloïdales, et que l'horlogerie passera trois siècles à raffiner.

Le « pendule qui bat la seconde » mesure 99,4 cm sur Terre. Ce n'est pas un hasard historique anodin : à la fin du XVIIe siècle, plusieurs savants — dont Huygens et l'abbé Picard — proposent de définir l'unité de longueur par la longueur de ce pendule. L'idée est écartée à la Révolution, précisément parce que g varie avec la latitude et l'altitude : la longueur du mètre aurait dépendu de l'endroit où on l'aurait mesuré. On lui préfère la méridienne terrestre. La leçon reste : temps et espace refusent d'être définis indépendamment — le module 09 y revient de façon bien plus radicale.

Module 06 · le quartz

32 768, et pourquoi ce nombre précis

Ouvrez n'importe quelle montre à pile, n'importe quel réveil, n'importe quelle carte mère : vous y trouverez un petit boîtier métallique portant l'inscription 32.768 kHz. Toujours le même nombre, sur toute la planète, depuis les années 1970. Ce n'est ni une fréquence de résonance naturelle du quartz ni une convention commerciale. C'est un choix d'électronicien, et il est d'une élégance totale.

32 768 = 215 Quinze divisions par deux ramènent exactement à 1 Hz. Chaque division est une bascule D — le circuit le plus simple de toute l'électronique numérique, deux transistors et un fil de retour.
Laboratoire 06Suivez le signal à travers les quinze bascules. Chacune divise la fréquence par deux.
32 768 Hzfréquence à cet étage
30,5 µsdurée d'un battement
0,0 s/moisdérive due à l'écart
15divisions restantes avant 1 Hz

Pourquoi pas 1 Hz directement ? Parce qu'un résonateur mécanique est d'autant plus stable qu'il est petit et rapide, et qu'un cristal battant à 1 Hz devrait être absurdement grand. Pourquoi pas 1 MHz ? Parce qu'à haute fréquence le circuit de comptage consomme davantage — et qu'une montre doit tenir plusieurs années sur une pile bouton. 32 768 Hz est le compromis : assez haut pour être stable, assez bas pour être économe, et surtout une puissance de deux, ce qui rend la division gratuite.

Le quartz de votre montre est presque toujours en retard, et il fait chaud. Un résonateur de montre est taillé de sorte que sa fréquence soit maximale vers 25 °C, et décroisse de part et d'autre selon une parabole. Porté au poignet, il travaille vers 30-32 °C — donc légèrement au-dessous de son optimum. La spécification courante est de ±20 ppm, soit environ ±52 secondes par an ; les montres « thermocompensées » mesurent la température et corrigent le compte, descendant vers ±10 secondes par an.

Ce mécanisme — compter des battements rapides et diviser — est le même à tous les étages de la précision. L'horloge atomique du module suivant ne fait rien d'autre. Elle compte simplement un battement 280 000 fois plus rapide, et bien plus régulier.

Module 07 · l'atome

La seconde est un nombre de battements

Depuis la 13e Conférence générale des poids et mesures, en 1967, la seconde n'est plus une fraction du jour solaire. Elle est définie ainsi : la durée de 9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les deux niveaux hyperfins de l'état fondamental de l'atome de césium 133. Le nombre n'est pas mesuré — il est posé. C'est la définition qui fixe le nombre, et non l'inverse.

Le noyau du césium 133 possède un moment magnétique, et l'électron externe aussi. Ces deux petits aimants peuvent être orientés dans le même sens ou en sens opposés. L'écart d'énergie entre ces deux configurations est minuscule, mais il est identique pour tous les atomes de césium 133 de l'Univers — c'est là toute la force du procédé. Aucun pendule, aucun quartz ne possède cette propriété : deux cristaux ne sont jamais tout à fait pareils, deux atomes de césium le sont exactement.

Laboratoire 07Accordez la cavité micro-onde. La courbe de résonance vous dit si vous êtes juste.
9 192 631 770 Hzfréquence de la transition
1,8 × 10¹⁰facteur de qualité de la raie
100,0 %atomes basculés dans l'état haut
1 s en 300 M d'annéesdérive à cette exactitude

Une fontaine à césium fonctionne exactement comme le montre l'animation : un nuage d'atomes est refroidi par laser à quelques microkelvins, lancé vers le haut, traverse une cavité micro-onde, monte, retombe sous son propre poids, et retraverse la même cavité. Cette double traversée — la méthode des champs séparés de Norman Ramsey, prix Nobel 1989 — produit une figure d'interférence dont la frange centrale est d'autant plus fine que le temps de vol est long. D'où l'intérêt de lancer les atomes vers le haut : la chute libre offre une seconde d'interrogation là où un jet horizontal n'en offrait que quelques millièmes.

Δν ≈ 1 / (2·T) Largeur de la frange centrale de Ramsey, où T est le temps entre les deux passages. Une seconde de vol donne une frange de l'ordre de 0,5 Hz sur 9,19 milliards — soit une raie discriminée à cinq parties pour cent milliards, avant même tout moyennage.
HorlogeFréquence de référenceExactitude relative1 seconde d'erreur en…
Pendule Shortt (1921)≈ 0,5 Hz10⁻⁸3 ans
Quartz de montre32 768 Hz2 × 10⁻⁵14 heures
Quartz de laboratoire5 MHz10⁻¹¹3 000 ans
Césium commercial9,19 GHz10⁻¹³300 000 ans
Fontaine à césium9,19 GHz2 × 10⁻¹⁶150 millions d'années
Réseau optique au strontium429 THz≈ 10⁻¹⁸30 milliards d'années

La dernière ligne mérite qu'on s'y arrête. Trente milliards d'années, c'est plus de deux fois l'âge de l'Univers — estimé à 13,8 milliards d'années. Une horloge optique allumée au Big Bang aurait aujourd'hui accumulé moins d'une demi-seconde d'erreur. Ce n'est plus un instrument de mesure du temps : c'est un instrument de mesure de la gravité, et le module suivant explique pourquoi.

Module 08 · la surprise

Deux horloges parfaites ne sont jamais d'accord

Voici le point où la physique cesse d'être intuitive. Prenez deux horloges atomiques identiques, réglées ensemble, sans défaut d'aucune sorte. Posez-en une par terre, montez l'autre d'un mètre. Elles vont diverger. Pas par usure, pas par erreur : parce que le temps ne s'écoule pas au même rythme aux deux altitudes. Et l'écart est calculable en une ligne.

Δf / f = g·h / c² Décalage gravitationnel, approximation en champ faible. Avec g = 9,81 m/s², h = 1 m et c² = 8,988 × 10¹⁶ m²/s², on obtient 1,09 × 10⁻¹⁶ : l'horloge du haut avance d'un dix-millionième de milliardième par seconde. Invisible pour une montre, banal pour une horloge optique.

Ce n'est pas de la théorie invérifiée. En 2010, l'équipe de Chin-Wen Chou au NIST mesure la différence entre deux horloges optiques à l'aluminium séparées verticalement de 33 centimètres. Le décalage attendu vaut 3,6 × 10⁻¹⁷. Il est observé. Depuis, des horloges de laboratoire résolvent le décalage sur quelques millimètres de dénivelé.

Laboratoire 08Montez l'horloge, accélérez-la, et regardez les deux effets se battre.
+45,7 µs/jeffet gravitationnel (avance)
−7,2 µs/jeffet de vitesse (retard)
+38,5 µs/jbilan net
11,5 km/jerreur de position si non corrigé

Le cas du GPS est le plus parlant, parce qu'il est le seul où l'erreur relativiste a des conséquences que tout le monde constaterait. Un satellite GPS orbite à 20 184 km d'altitude, à environ 3 874 m/s. La gravité plus faible fait avancer son horloge de 45,7 µs par jour ; sa vitesse la fait retarder de 7,2 µs par jour. Le bilan est de +38,5 µs par jour.

Trente-huit microsecondes semblent négligeables — jusqu'à ce qu'on les multiplie par la vitesse de la lumière, puisque le GPS fonctionne en mesurant des temps de trajet. 38,5 × 10⁻⁶ s × 299 792 458 m/s ≈ 11,5 kilomètres. Par jour. Un GPS non corrigé serait inutilisable en moins de deux minutes de fonctionnement, et hors de la ville au bout d'une journée. La correction est donc appliquée à la source : les oscillateurs embarqués sont délibérément réglés à une fréquence légèrement basse avant le lancement, à 10,229 999 999 543 MHz au lieu de 10,23 MHz, pour qu'une fois en orbite ils battent juste.

Ce point est souvent mal raconté, alors soyons précis : le GPS ne « prouve » pas à lui seul la relativité générale — le décalage est appliqué en amont et ne se mesure pas en vol. Mais il en constitue une démonstration d'ingénierie sans équivalent : une théorie publiée en 1915, entièrement contre-intuitive, est aujourd'hui compilée dans le firmware d'un système dont dépendent la navigation aérienne, les réseaux électriques et l'horodatage des transactions financières. Si Einstein s'était trompé, votre téléphone le saurait.

Module 09 · la structure

L'espace-temps, tracé à la main

Si le temps dépend de l'altitude et de la vitesse, alors il n'est pas une toile de fond. Il est une coordonnée, au même titre que la hauteur ou la largeur — et comme elles, il change quand on change de point de vue. Le diagramme ci-dessous est l'outil qui rend cela visible ; il date de 1908 et on le doit à Hermann Minkowski, ancien professeur d'Einstein.

La règle du dessin : le temps monte, l'espace va vers la droite, et l'échelle est choisie pour qu'un rayon de lumière avance exactement à 45°. Cette diagonale sépare le dessin en deux : ce qui est à l'intérieur du cône peut être atteint ou avoir eu une influence ; ce qui est à l'extérieur est définitivement hors de portée, quelle que soit la technologie.

Laboratoire 09Faites glisser la vitesse de l'observateur. Regardez les axes pivoter — et la diagonale, elle, ne bouger jamais.
1,000facteur de Lorentz γ
+8,00intervalle s² = x² − (ct)²
Genre espacenature de la séparation
nonA peut-il être une cause d'ici ?

s² = x² − (c·t)² L'intervalle d'espace-temps. Deux observateurs en mouvement l'un par rapport à l'autre ne s'accordent ni sur x, ni sur t — mais ils s'accordent toujours sur s². C'est la quantité qui remplace la distance quand l'espace et le temps cessent d'être séparables.

Poussez β vers 0,9 et observez ce qui arrive à un événement placé loin sur la droite, juste au-dessus de l'axe horizontal. Pour l'observateur immobile, il se produit après l'instant présent. Pour l'observateur rapide, il se produit avant. Les deux ont raison. L'ordre des événements s'inverse — et cela ne crée aucun paradoxe, précisément parce que ces deux événements sont hors du cône de lumière l'un de l'autre : aucun signal ne peut les relier, donc aucun ne peut être la cause de l'autre, donc leur ordre n'a pas de sens physique.

À l'inverse, essayez d'inverser l'ordre de deux événements à l'intérieur du cône. C'est impossible, quelle que soit la valeur de β. La causalité est sauve : la relativité ne dit pas que tout est relatif, elle dit précisément ce qui l'est et ce qui ne l'est pas.

Et le pixel dans tout ça ? Rien de ce que vous voyez sur cet écran n'est simultané. La dalle se rafraîchit ligne par ligne, chaque sous-pixel s'allume à son propre instant, la lumière met environ deux nanosecondes à vous atteindre depuis le haut de l'écran et une fraction de plus depuis le bas. Sur un écran de 60 cm à 50 cm de distance, l'écart de temps de vol entre le coin le plus proche et le plus lointain vaut environ 0,3 nanoseconde. C'est très peu — et c'est pourtant six fois ce qu'une horloge optique sait distinguer.

Vérification

Neuf questions, une seule bonne réponse

Aucune ne se devine. Chacune se déduit d'un module ci-dessus, et l'explication renvoie au raisonnement.

Références

D'où viennent ces chiffres

Chaque valeur numérique de cette page est reprise d'une source primaire ou d'une définition officielle. Les voici, pour que vous puissiez vérifier plutôt que croire.

Définition de la seconde — 13e CGPM (1967/68), résolution 1, complétée par la CIPM en 1997 (précision sur l'atome au repos à 0 K). Le BIPM publie la brochure du SI, 9e édition (2019).

Constantes exactes — depuis la révision du SI entrée en vigueur le 20 mai 2019 : h = 6,626 070 15 × 10⁻³⁴ J·s et c = 299 792 458 m/s sont des valeurs fixées par définition, sans incertitude. La constante 1 239,84 eV·nm en découle.

LED bleue au nitrure de gallium — I. Akasaki & H. Amano, dopage p du GaN (1989) ; S. Nakamura, LED InGaN à haute luminosité (1993-1994). Prix Nobel de physique 2014, communiqué de l'Académie royale des sciences de Suède.

Première LED visible — N. Holonyak Jr. & S. F. Bevacqua, « Coherent (visible) light emission from Ga(As₁₋ₓPₓ) junctions », Applied Physics Letters, 1962.

Loi de Malus — É.-L. Malus, 1809, sur la polarisation par réflexion. La loi en cos² porte son nom depuis.

Cristal liquide nématique torsadé — M. Schadt & W. Helfrich, « Voltage-dependent optical activity of a twisted nematic liquid crystal », Applied Physics Letters, 1971. Brevet à l'origine de l'affichage LCD.

Luminance Rec. 709 — recommandation UIT-R BT.709, coefficients 0,2126 / 0,7152 / 0,0722.

Méthode des champs séparés — N. F. Ramsey, développée à partir de 1949 ; prix Nobel de physique 1989. C'est le principe de toutes les fontaines atomiques actuelles.

Décalage gravitationnel sur 33 cm — C. W. Chou, D. B. Hume, T. Rosenband, D. J. Wineland, « Optical clocks and relativity », Science 329, p. 1630-1633, 2010 (NIST, Boulder).

Relativité et GPS — N. Ashby, « Relativity in the Global Positioning System », Living Reviews in Relativity 6, 1, 2003. Source de référence pour les +45,7 / −7,2 µs par jour.

Diagramme d'espace-temps — H. Minkowski, conférence « Raum und Zeit », Cologne, 21 septembre 1908.

Horloges optiques — les exactitudes de l'ordre de 10⁻¹⁸ sont documentées par le NIST (Ye group, JILA) et le PTB ; la révision de la définition de la seconde sur une transition optique est à l'étude au BIPM à l'horizon 2030.

Ce que cette page ne fait pas

Les animations sont des schémas justes, pas des simulations physiques complètes. Le pendule intègre réellement son équation et la loi de Malus est appliquée telle quelle ; en revanche la coupe du LCD, la fontaine à césium et le diagramme de Minkowski sont des représentations à l'échelle des grandeurs, calculées à partir des formules citées mais dessinées pour être lisibles. Aucune image, aucune bibliothèque, aucun calcul distant : tout est écrit à la main et s'exécute dans votre navigateur.