Formation libre — neurosciences comparées
Son cerveau en compte 257 milliards contre 86 chez nous. On devrait s'incliner. Sauf que 98 % d'entre eux sont dans son cervelet — et que son cortex, deux fois plus lourd que le nôtre, n'en contient que 5,6 milliards contre nos 16. Compter les neurones ne suffit pas : il faut savoir où ils sont. Cette page explore quatorze cerveaux avec les chiffres réellement mesurés, et dit franchement quand il n'existe aucune mesure.
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Quatorze cerveaux, à la même échelle
Chaque cerveau est dessiné avec ses proportions réelles : la part du cortex, celle du cervelet, la position du circuit de récompense. Les volumes affichés à l'écran sont proportionnels aux masses mesurées. Faites tourner, activez ou masquez les couches, et lisez les chiffres — avec leur provenance.
Glissez pour tourner · molette pour zoomer
La distinction que tout le monde oublie
Basculez entre les deux modes et regardez l'éléphant changer de place. En neurones totaux il écrase tout le monde. En neurones corticaux — ceux du manteau où se joue l'essentiel de la cognition flexible — il tombe derrière le chimpanzé. C'est le même animal, les mêmes mesures, et deux classements opposés.
Pourquoi le cervelet ne compte pas pareil. Le cervelet contient chez presque tous les mammifères la majorité des neurones du cerveau — chez l'humain aussi : environ 69 milliards sur 86, soit 80 %. Ses cellules granulaires sont minuscules et extraordinairement denses. Mais elles servent surtout à la coordination motrice fine et au séquençage temporel, pas au raisonnement flexible. Le rapport habituel est d'environ quatre neurones cérébelleux pour un neurone cortical. Chez l'éléphant, ce rapport monte à quarante-cinq pour un. Son cervelet gigantesque pilote vraisemblablement sa trompe — un organe de plus de quarante mille faisceaux musculaires, sans un seul os, capable de saisir une cacahuète comme d'arracher une branche. Ce n'est pas un cerveau moins bon : c'est un cerveau qui résout un autre problème.
Et le globicéphale, alors ? Avec 37,2 milliards de neurones néocorticaux mesurés en 2014, il dépasse largement les 16 milliards de l'humain. Si le compte cortical suffisait à expliquer l'intelligence, il devrait nous dominer intellectuellement — ce que rien n'indique. L'explication tient à la densité : ses neurones sont bien plus espacés, ses connexions plus longues, donc plus lentes et plus coûteuses. Le nombre brut ne dit rien sans l'architecture. C'est exactement ce qu'on observe en apprentissage automatique : un modèle à mille milliards de paramètres mal agencés perd contre un modèle dix fois plus petit mieux conçu.
Un cerveau qui n'est pas au bon endroit
Environ 500 millions de neurones, soit près du double d'un chat. Mais les deux tiers ne sont pas dans sa tête : ils sont répartis dans les huit bras, chacun disposant d'un ganglion capable de décider seul. Un bras sectionné continue d'explorer et de saisir. Et le cerveau central, lui, a une forme qu'aucun vertébré ne possède : un anneau autour de l'œsophage. L'animal avale littéralement à travers son cerveau.
neurones au total. Deux tiers dans les bras, un tiers dans le cerveau central et les lobes optiques.
ganglions périphériques quasi autonomes. Un bras isolé exécute encore des mouvements de préhension coordonnés.
millions d'années depuis notre dernier ancêtre commun. Cette intelligence a été inventée deux fois, séparément.
myéline comparable à la nôtre. Ses signaux voyagent autrement — la vitesse n'est pas obtenue par les mêmes moyens.
Ce que la pieuvre démolit. Toute notre intuition sur l'intelligence est bâtie sur un plan unique : un cerveau central, centralisé, dans une tête, chez un vertébré. La pieuvre résout des problèmes complexes — ouvrir un bocal, s'échapper d'un aquarium, reconnaître des visages humains — avec une architecture distribuée qui ne ressemble à rien de ce que nous connaissons. Si l'intelligence peut apparaître deux fois sur Terre avec deux plans aussi différents, l'idée qu'elle exigerait une forme particulière devient très fragile. C'est aussi la meilleure raison de rester prudent quand on affirme qu'une intelligence artificielle « ne peut pas » penser parce qu'elle n'est pas faite comme nous.
Ce qu'on ne peut pas savoir
Vous lirez parfois qu'Australopithecus avait « quinze milliards de neurones », ou Néandertal « quatre-vingt-cinq ». Ces chiffres sont inventés. Les neurones ne fossilisent pas. Tout ce qu'un crâne conserve, c'est le volume qu'occupait le cerveau — et c'est déjà considérable, mais ce n'est pas la même information. Voici ce qu'on mesure réellement.
Volumes endocrâniens mesurés — aucun comptage neuronal n'existe
Ces volumes sont des moyennes sur un nombre parfois très faible de spécimens, avec une forte variabilité individuelle. Le crâne de Lucy (AL 288-1) est d'ailleurs trop fragmentaire pour une mesure directe : l'estimation provient d'autres individus de la même espèce.
Le détail qui gêne tout le monde. Néandertal avait un volume endocrânien supérieur au nôtre — environ 1 410 cm³ contre 1 350 en moyenne pour Homo sapiens. Si le volume décidait de l'intelligence, il faudrait conclure qu'ils nous étaient supérieurs. Personne ne le soutient sérieusement, et pour de bonnes raisons : une part de ce volume s'explique par une masse corporelle plus élevée et une plus grande surface visuelle et motrice à piloter. Mais ce fait devrait suffire à enterrer le raisonnement « plus gros donc plus intelligent » — un raisonnement qui, historiquement, a surtout servi à justifier des hiérarchies entre groupes humains, sur la base de mesures crâniennes que la science moderne a toutes invalidées.
Sur les « différentes races humaines ». Il faut le dire clairement parce que la question revient sans cesse : il n'existe pas de races biologiques dans l'espèce humaine, et aucune différence de capacité cognitive n'est attribuable à une origine géographique. La variation génétique entre deux individus d'un même continent dépasse largement la variation moyenne entre continents. Les mesures crâniennes du XIXe siècle qui prétendaient le contraire ont été refaites : elles étaient biaisées par la méthode, par la taille corporelle, et parfois par la fraude délibérée. Le volume crânien varie entre individus — il varie aussi avec la stature, le sexe et le climat d'origine — mais il ne prédit pas les performances cognitives à l'échelle individuelle. Cette page compare des espèces, dont certaines éteintes. Elle ne compare pas des populations humaines actuelles, parce qu'il n'y a rien à y comparer.
Vérifier par vous-même
Les comptages proviennent presque tous de la méthode du fractionnement isotropique, qui dissout le tissu en une suspension homogène de noyaux puis les compte. Elle a remplacé l'estimation par extrapolation, qui surestimait largement. Quand une valeur est incertaine ou absente, cette page l'écrit.