STMicroelectronics, Soitec, CEA-Leti, GIANT/Minatec : comment une vallée alpine est devenue un pôle mondial du semi-conducteur — ce que le CEA y fait vraiment, et ce que le débat public en dit, sans filtre marketing.
Sur 20 km entre Grenoble et Crolles, un des rares endroits au monde où recherche publique et production de semi-conducteurs sont voisines de rue.
Franco-italien, leader mondial des semi-conducteurs. Le site de Crolles fabrique en technologie FD-SOI (silicium sur isolant entièrement déserté), une filière née dans la région, jusqu'au nœud 18 nm — puces basse consommation pour automobile, industrie, IoT, infrastructures de communication.
Spin-off du CEA, leader mondial du silicium-sur-isolant (SOI), la matière première des puces FD-SOI de ST. Coté en bourse.
Institut de recherche technologique, cœur historique du complexe : c'est de lui que sont sortis ST (via le LETI, 1972) et Soitec. Détail au chapitre 2.
Campus d'innovation fondé en 2002 par Grenoble INP et le CEA, réunissant écoles d'ingénieurs, laboratoires et entreprises sur la presqu'île scientifique de Grenoble.
Le CEA-Leti n'est pas une usine — c'est le maillon entre la recherche académique et la production de masse. Sa mission affichée : créer de l'innovation et la transférer à l'industrie.
IA embarquée, matériaux avancés, photonique, imagerie médicale et sécuritaire, informatique quantique, micro/nanotechnologies pour la santé. Pilote depuis 2016 des démonstrateurs 5G (JO 2018 de Pyeongchang) puis, depuis 2021, des travaux sur la 6G. Collabore depuis 2010 avec une douzaine de CHU sur un pancréas artificiel.
Le Leti crée 2 à 5 startups par an et en accompagne jusqu'à 15 en parallèle : évaluation technologique, portefeuille brevets, modèle d'affaires, accès au réseau d'investisseurs. Sur l'ensemble du CEA : 204 sociétés créées, 74 ont levé des fonds (près d'1 Md€ cumulé), 5 sont cotées en bourse (Soitec, Kalray, Theranexus, Tronics, Pixium).
Accès à ses plateformes technologiques (salles blanches, caractérisation), à son expertise en propriété intellectuelle, et à son réseau via le label Institut Carnot. Relations long terme avec multinationales, PME et startups.
Le campus GIANT propose un programme d'événements pour le grand public et les scolaires (visite virtuelle du campus Minatec, conférences « Midis by GIANT », showroom des innovations technologiques). La Maison Minatec sert de centre de congrès ouvert à des événements professionnels comme grand public.
Le complexe est aussi le premier employeur de la vallée — et le sujet d'une contestation locale qui grossit chaque année. Les deux faits sont vrais en même temps.
Le collectif STopMicro, créé en octobre 2022, a rassemblé environ 1 000 (2023), 2 000 (2024) puis 3 000 manifestants selon ses propres chiffres (2025 — la préfecture en comptait 1 700). Il s'est associé au mouvement Les Soulèvements de la Terre en 2026.
En avril 2026, les autorités ukrainiennes ont annoncé avoir retrouvé des composants STMicroelectronics dans des drones-suicides russes — une accusation que le collectif STopMicro et l'Observatoire des armements documentent depuis 2023. ST affirme de son côté avoir pris les mesures nécessaires pour se conformer aux sanctions européennes et américaines depuis février 2022.
En avril 2022, plusieurs sites liés à l'industrie électronique grenobloise ont été touchés par des incendies volontaires — signe, au-delà des manifestations, d'une conflictualité locale réelle autour de l'expansion du secteur.
Ce que produit tout ce complexe, physiquement : des dizaines de millions de ce composant, gravés dans quelques nanomètres de silicium. Fais glisser pour tourner, clique une couche pour l'identifier.
Clique une couche du transistor pour voir son rôle.
C'est ce même empilement (substrat, oxyde, grille, source/drain, contacts) que le STM32V8 de ST grave en 18 nm FD-SOI dans l'usine de Crolles — des milliards de fois par puce.
Presse économique et technique, institutions, et sources critiques — pour se faire son propre avis.
En une page, les faits les plus saillants — avec les tensions qui ne disparaissent pas en ne les mentionnant pas.
Le Grésivaudan abrite l'une des rares chaînes de valeur complètes en microélectronique : recherche publique (CEA-Leti), matériaux (Soitec), fabrication (ST/GlobalFoundries). Cette densité, rare en dehors de Taiwan et de la Corée du Sud, justifie l'attention nationale et européenne. Le plan Chips Act européen mise explicitement sur ce complexe pour réduire la dépendance continentale aux puces asiatiques.
La consommation d'eau — un facteur limitant en Isère lors des canicules — et les autorisations de rejets industriels font l'objet d'un contentieux réel entre le collectif STopMicro, les habitants, et les entreprises. La retrouvaille de composants ST dans des armes russes pose une question de traçabilité que ni les sanctions ni les audits internes n'ont encore entièrement résolue à l'échelle du secteur.
Le CEA-Leti n'est pas un concurrent industriel — c'est un catalyseur : il finance la recherche à risque, fabrique les démonstrateurs, et transfère à des startups et des grands groupes. Sans le LETI, ni Soitec ni la branche grenobloise de ST n'auraient la même forme. La question posée par ses critiques n'est pas son existence, mais la gouvernance du complexe qu'il a engendré.
Le plan Chips Act européen pousse à produire plus, plus vite. Les contraintes hydriques et énergétiques locales poussent à produire autrement. Ces deux logiques ne sont pas encore réconciliées. Le complexe du Grésivaudan sera l'un des endroits où la tension entre autonomie stratégique et transition écologique se jouera en pratique dans les prochaines années.